Le BAC
par Pierre-Benoît Penin
Un court essai autobiographique sur l'Amitié
juin-août 2006
Le lycée se vide. La ville est remplie. Remplie de tout et de rien, un peu comme un magasin. Dans l'air, ce parfum de fin d'année. Seuls résistent les écoles et les collèges. Les dernières épreuves sont passées... aux oubliettes. Qui s'en est vraiment préoccupé?
On s'est retrouvé quelques fois. Pour penser, pour glander, pour rêver, pour parler... Et dans ces moments-là, toutes sortes de sentiments nous passent par la tête, par le coeur...
On se remémore avec nostalgie, on tremble pour le futur, on pleure à cause du présent. Au final, on a plus révisé notre année personnelle que nos cours!
La pression et le stress s'estompent enfin. Ca sent les vacances... Les derniers résultats sont tombés, avec plus ou moins de réussite, de chance, de satisfaction, de joie, mais également plus ou moins d'échec, de peine, de colère, de détresse. Et il ne faut pas croire que la déception soit réservée aux personnes les plus directement concernées : elle contamine aussi l'entourage, que ce soit dans le cadre familial ou encore le cadre amical, sans exclure cette sorte de compassion emprunte de respect que l'on peut ressentir lorsque l'on prend connaissance des résultats à dominante négative de personnes plus ou moins connues.
Il est vrai que tout ne s'arrête pas, que le redoublement ou la combinaison de mauvaises notes n'est pas une fin de soi. Quoiqu'il en soit, et bien malheureusement, c'est une lourde tâche qu'il faut à nouveau accomplir, des efforts sont à réitérer. Il faut, pour l'année suivante, savoir se remobiliser et fournir ce travail de longue haleine que l'on redoute tant, à la fois à cause des enjeux qu'il renferme mais également de l'investissement psychologique voire physique qu'il impose et entraîne. Bien sûr, tout n'est pas qu'une simple question de motivation et d'envie (je veux dire ici que le moral ne saurait bien évidemment pas être tenu pour seul responsable de la réussite de chacun), toujours est-il que les acuités mentales ainsi que les capacités physiques, c'est-à-dire les prédispositions déjà présentes chez un élève avant qu'il réussisse, ne doivent pas rester inertes, mais au contraire, toujours se renouveler et toujours être stimulées. Ceci est valable autant dans le cursus scolaire que dans l'apprentissage de la vie elle-même, à savoir la pratique.
Seuls l'entraînement, ainsi que la répétition pratique des différents enseignements, peuvent entretenir les acquis. Alors, il faut bien pour cela de l'engagement, de la détermination, du sérieux et de la patience : c'est ce que tentent de faire chaque année, avec là encore plus ou moins de réussite, les élèves que nous sommes et que nous serons toujours.
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Au-delà du Bac, qui est le véritable objectif commun du lycée, chaque adolescent a un souhait intime et donc moins avoué : simplement passer une bonne année. Ayant tous notre propre expérience, notre propre vécu, notre propre passé en somme, nous avons tous aussi une façon différente de douter, une manière différente d'appréhender le lycée, ceci étant en fait valable avant chaque année scolaire. Et alors, peu se soucient vraiment des résultats, de la difficulté des devoirs et des journées rythmées par les cours enchanteurs de nos charmants professeurs. Car ce qui nous intéresse et nous préoccupe réellement, ce sont bel et bien les nouvelles têtes que nous allons rencontrer ainsi que les retrouvailles que nous allons effectuer parmi les élèves du bahut! Quoiqu'on en dise, qui dit «passer une bonne année» dit «être bien entouré»!
Certains sont obligés de se méfier à cause de ce qu'ils ont déjà malheureusement connu par le passé et qui a forgé leur expérience et leur caractère. Ils craignent de revivre ce qu'il espèrent éviter. En tout cas, ils tentent de combattre ces fantômes pour ne pas trop subir et ne pas se retrouver une nouvelle fois mis à nu et isolés.
Par opposition, il y a ceux qui attendent avec impatience d'aller au contact des rencontres, soit pour purement et simplement draguer, soit pour nouer de nouvelles amitiés, soit encore dans le seul but de ne pas s'ennuyer. Là aussi, il est question d'éviter d'être ou de se sentir seul.
Lorsque nos faiblesses nous rattrapent, nous retombons dans les rouages de la fatalité et de la mélancolie, alors que notre entourage en subit les conséquences, en pâtit. Ceux qui ont la capacité mentale (et l'envie!) de retenir la leçon de l'excès de confiance en soi savent qu'il ne faut pas trop espérer, car après être monté très haut, on peut alors facilement toucher le fond...
Que ceux qui sont «à l'affut des regards et non pas à l'abri» puissent s'en inspirer avant qu'il leur faille payer de leur propre personne...
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Pour ma part, j'avais pensé que les choses évolueraient, certes, mais pas de la manière dont ça s'est finalement déroulé.
Les choses prennent souvent une tournure inattendue. D'ailleurs, c'est ça aussi la vie.
Elle est pleine de surprises, et sans elles, on serait trop vite lassés et dégoûtés, complètement désabusés et démoralisés par son goût fade.
Mais pour en revenir au sujet, l'année scolaire a été très mitigée. Personnellement, je me suis encore plus épanoui et libéré que les années précédentes,
chose très difficile que j'apprivoise de mieux en mieux. J'ai encore bien su être à l'écoute, aller vers les autres et faire abstraction de moi, chose que je sais trop bien faire. J'ai pris de belles gamelles aussi, mais ce n'est pas cela qui m'a le plus marqué.
Non, ce qui m'a consterné, je dois bien le dire, ce sont les déchirures, les commérages et l'hypocrisie au sein d'une classe ou entre deux classes, ainsi qu'au sein de groupes d'amis. De plus, il n'est ni exagéré ni misogyne d'affirmer que ce sont les filles qui détiennent la palme des pires ragots, sournoiseries et vacheries qu'on puisse infliger à autrui. Mon année au coeur d'une classe composée à 90% de filles m'a pour ainsi dire ouvert les yeux sur une réalité que je n'envisageais même pas.
J'avais débarqué avec mes grandes et belles illusions, mes grands et beaux idéaux, je peux même dire ma naïveté. J'ai pu voir de moi-même à quel point les relations pouvaient être faussées pour un rien et en très peu de temps. J'ai pu constater que pour la majorité des filles (semble-t-il), la jalousie, la rancoeur et toutes sortes de rivalités se rejoignaient en une masse impressionnante de futilités déconcertantes. C'est à croire que le beau sexe s'ennuierait cruellement s'il n'y avait pas de critiques plus ou moins méchantes à apporter ou de cruautés dévalorisantes à exercer sur telle ou telle fille. Le garçon que je suis a été tour à tour préoccupé, tourmenté, exaspéré et dégoûté face aux différentes manifestations de ce spectacle désolant. Non pas que je m'étais approprié un camp pour le défendre catégoriquement contre des oppresseurs irrévocablement détestés, mais au contraire, je me situais toujours au milieu des disputes ou des litiges, de telle sorte que je me retrouvais comme un arbitre à devoir justifier ou sanctionner successivement les attitudes et les paroles proférées à l'encontre de la ou des personnes dépréciées. Je devenais d'une certaine manière le cahier de doléances, le registre de plaintes de mon entourage. Je devais assumer la double fonction de confident et de juge, sans pour autant prendre parti, car en moi-même je me disais qu'il fallait calmer le jeu, tâter le terrain et trancher, me faire ma propre opinion.
Dans tout cela, ma volonté d'aider (a fortiori mon altruisme) ainsi que mon enthousiasme à retrouver mes amies ont pris de sacrés coups. J'en arrivais même à me demander si je ne devais pas me brouiller délibérément avec mes amies pour, non seulement avoir le calme et la sérénité, mais aussi pour éviter que je subisse à mon tour leurs mauvaises humeurs, précisément fruit de leur nature féminine.
Mais je n'en fis rien. J'ai tout de même tenté plusieurs fois de rejeter toute responsabilité et de me dégager de certains engagements, mais sans jamais y parvenir totalement. J'annonçais ce qui m'attristait et ce qui me gênait dans leur comportement, j'affirmais ma déception et mon envie de ne plus aider à cause du poids de la «multi-disponibilité», enfin je jugeais que jouer sur plusieurs tableaux était une surcharge qui me coûtait temps, santé et âme! Ceci constituait bel et bien le revers de la médaille de l'amitié, et je l'endurais seul. Mais après tout, c'était plus fort que moi, et ça l'est toujours d'ailleurs. C'est pour cela que je suis finalement retombé, non pas dans les travers, mais dans les zones obscures du dévouement et de la relation amicale.
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On m'avait dit que les histoires d'amour finissaient mal et commençaient seul, mais on ne m'avait pas dit que l'amitié commençait bien et devenait tumul-tueuse.
J'ai pu assister à des désastres aussi ridicules que tout à fait dévastateurs, tous aussi traumatisants et navrants les uns que les autres.
D'une part, il est formidable de constater comment on peut exploiter une personne qui croit être votre ami alors que vous ne ressentez aucune amitié à son égard. D'autre part, et tout aussi aflligeant, ces messes basses et ce dédain caractérisques de celles et ceux qui rabaissent celle ou celui qui, il y a quelque temps encore, était digne de confiance et d'affection. On pourrait alors répondre que la personne qu'on rejette le mérite tout simplement, mais ce serait oublier volontairement que dans la plupart des cas on n'ose pas (s') avouer notre propre part d'erreur non négligeable et notre manque de discernement déterminant.
A quoi ça rime tout ça? On s'ignore, on se dévalorise, on se déchire, alors qu'on s'appréciait, qu'on s'aimait, qu'on s'adorait : c'est tenter de nier l'existence d'un passé bien présent (il est facile de dire qu'une chose n'a jamais été lorsqu'elle n'est plus), c'est oublier une essentielle évidence, celle qui montre qu'au lieu de dire qu' «il vaut mieux être seul que mal accompagné» affirme que «plutôt que de vouloir que les autres soient parfaits, évolue toi-même» (Bernard Werber, Le Livre du Voyage).
Je rajouterais même ceci : les défauts que tu observes chez l'autre sont autant d'efforts qui te manquent pour les supporter jusqu'à ne plus les voir. Autrement dit, il faut savoir accepter l'idée pour s'en défaire.
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J'essaie de décevoir le moins possible, car pour moi, décevoir les autres équivaut à me décevoir moi-même....
Le nombre de ceux qui m'ont déçu commence à me peser, c'est pour cela que j'essaie de me retrouver seul (voilà encore une nouvelle raison qui change de d'habitude mais pour le même résultat : cette solitude). J'essaie de prendre un peu l'air, de marcher, de courir... Après qui? Après moi-même? Non, je me suis déjà assez attendu et j'ai à présent réussi à me rattraper.
Pour cette même nouvelle raison, et encore pour ne pas changer, je parle toujours peu, j'écoute encore attentivement, mais surtout, plus que jamais, je regarde, j'observe....
J'observe autant les autres que la situation dans laquelle ils se trouvent, et par la même occasion la mienne, car comme on peut le remarquer, je suis sensiblement lié aux autres, si bien que tous ceux qui m'entourent m'atteignent plus ou moins. Fort de mon esprit critique et de ma remise en question, je sais avoir assez de recul sur moi-même et je prends sur moi le plus possible. Car je sais bien qu'il faut que quelqu'un le fasse. Je fais partie de ceux qui passent pour susceptibles, mais qui sont en fait, plus simplement, sensibles et qui préfèrent endurer certaines choses, se sacrifier en quelque sorte pour le bien des autres, pour les aider, tandis qu'ils trouvent leur bonheur dans la souffrance. C'est ce choix que j'ai fait et que j'assume : je suis un sombre héros, un rêveur insomniaque. Je me définis comme fort mentalement mais fragile psychologiquement.
Sans trop me méfier, mais toujours avec sincérité, compassion, indulgence, abnégation et fidélité, je reste dans l'ombre.
La vie a fait de moi un spectateur, un commentateur, un simple et humble conseiller.
Voilà pourquoi j'ai ce
Besoin d'
Amitié
Constante.
Je ne demande rien de plus, sinon et toujours la re-connaissance (considération et respect)...
FIN
Je sais que j'ai fait apparaître une contradiction dans mes propos : d'une part je dis que j'assume ma condition d'ami dévoué qui fait abstraction de lui, et d'autre part, je montre que j'ai souffert et souffre encore en cultivant la «plaignitude». Je vous dois une explication : je veux seulement dire que, malgré le fait que j'ai choisi ce que je suis devenu et que je sois convaincu que c'est ce qui est le mieux pour moi (et peut-être pour les autres), j'ai voulu par ce texte montrer que moi aussi je souffrais à ma manière (certes bien moins que certains), et que j'avais moi aussi droit à ce que je procure et véhicule chez ceux que je tente d'aider. En m'exprimant, je me suis à la fois plaint et révolté, mais dans un double but : non seulement vous apporter ma vision des choses, mais aussi vous proposer des solutions quant à ce que je dénonce.
Les amitiés factices m'ont profondément marqué et choqué comme je l'ai expliqué, et j'ai voulu promouvoir quelques unes de mes valeurs pour, qu'éventuellement, vous puissiez vous en inspirer par la suite, que ce soit pour moi ou d'autres de vos vrais amis.
A celles et ceux que j'ai aidés,
A celles et ceux qui m'ont aidé,
A mes ami(e)s
A celles et ceux qui m'ont déçu,
A celles et ceux que j'ai déçus,
Et à tous les vrais ami(e)s